Devenez Auto-entrepreneur : la bonne blague !
Logo et illustration : Portail des auto-entrepreneurs / Montage : alexiachagrin@gmail.com
Voici un témoignage concret et intéressant sur ce nouveau "statut-miracle" qui vise principalement à faire baisser les chiffres du chômage... Et recèle plus d’inconvénients que d’avantages.
Mais donnons la parole à Carole qui nous raconte son expérience :
"Comme je voulais conserver une activité professionnelle pendant que j’élève mes enfants (un trou sur un CV, c’est pas bon !), j’ai saisi cette occasion en or de maintenir un petit revenu avec ce statut a priori si simple à mettre en œuvre.
Je suis donc allée sur le portail officiel des auto-entrepreneurs et j’ai rempli le formulaire en ligne qui est facile à trouver même si la navigation gagnerait à être plus directe afin d’accéder en un clic à cette fameuse déclaration ! Mais bon...
Et là, ça se gâte déjà car au final, il faut quand-même imprimer le formulaire et le renvoyer signé à l’URSSAF dont vous allez dépendre.
Mais l’aventure ne s’arrête pas là ! Ce que personne ne prend la peine de vous annoncer, c’est qu’en déclarant une activité sous cette forme de micro-société, vous perdez votre couverture sociale classique auprès de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie. Vous devez choisir de cotiser auprès de différents assureurs privés que vous ne connaissez pas, sans savoir vraiment ce qu’ils proposent, à moins d’interrompre votre déclaration en ligne pour prendre quelques informations qui seront de toutes façons insuffisantes pour effectuer un choix objectif et avisé.
Les seuls renseignements précis que vous donnera l’assureur, c’est que vous ne bénéficierez d’aucune prise en charge d’arrêt maladie au cours de la première année d’activité. Super... Donc vous avez le droit de payer, mais pas le droit d’être malade !!!
Et c’est à ce moment que vous vous posez LA question qui tue : et les congés payés ? Et bien, ma petite dame, ce mot n’existe pas pour l’auto-entrepreneur. Pour gagner de l’argent, il faut travailler... sans interruption !
À ce stade, vous vous dites que le pire est passé. Et bien non. En plus de l’interdiction d’être malade, votre conscience vous chatouille avec cette question : et si mon activité ne fonctionne pas ? Est-ce que je peux bénéficier d’une allocation de chômage ? Tout le monde doit payer un loyer, des factures et les produits de consommation courante. Que nenni, mon bon monsieur, si vous voulez bénéficier d’une allocation de chômage, il faut cotiser au minimum un an à vos frais auprès d’une assurance privée !
Bon, je me suis dit, au moins, c’est intéressant au niveau fiscal... Tu rigoles Carole, déjà, la déduction des frais est effectuée sur le chiffre d’affaires et non sur les bénéfices, vous imaginez que pour une micro-activité, c’est une catastrophe au regard de la maigre rentabilité de l’affaire. Mais en plus, vos clients potentiels ont rapidement l’enthousiasme en berne, car la TVA n’est pas récupérable pour eux. Par contre, vous n’avez d’autres choix que de calculer et d’intégrer vos cotisations URSSAF dans le montant global de vos factures, à moins d’accepter d’être rémunéré au salaire-horaire de la Chine ou de l’Inde ! Et vos clients préfèrent, bien entendu, cumuler du crédit de TVA à déduire de leur propre TVA, ce qui est tout à fait normal, mais constitue pour vous un problème de taille puisque vous serez moins compétitif que vos concurrents !

Comme je suis d’un naturel joyeux, je me suis interrogée sur les avantages de ce statut, il y en a forcément... C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que je ne bénéficierai jamais de formation professionnelle, même si, malgré l’exonération de taxe professionnelle mise en place pour les deux premières années (sous conditions évidemment), je devrai finir par payer, comme toutes les sociétés, cette taxe qui ne profite, le plupart du temps, qu’aux très grosses entreprises. Et dans tous les cas, il est obligatoire de remplir le formulaire Cerfa N°1003-P pour la mise à jour de statistiques... Non, ce n’est pas une blague ! Encore du temps perdu et de l’argent pour La Poste.
C’est en général à peu près au cours de cette phase d’interrogation et d’irritation que vous recevez votre numéro INSEE pour constater que, si vous ne rentrez pas dans les cases (comme c’est le cas pour les si nombreux métiers du web), votre statut d’affiliation peut être tout à fait fantaisiste. Je suis consultante en communication et enregistrée dans la case ’Artiste’ !
Alors que je commence à rire jaune, le centre des impôts de mon lieu de domicile m’envoie un courrier pour me signifier que je dois déclarer le nombre de mètres carrés utilisés chez moi pour mon activité afin de m’acquitter des impôts locaux à usage professionnel. Damne, non seulement je suis itinérante (je me rends chez mes clients pour établir avec eux leur plan de communication sur internet), mais je commence à m’inquiéter pour le peu qu’il va me rester sur le montant de mes honoraires après le paiement des frais fixes (essence ou transports en commun, matériel informatique, abonnement de téléphonie mobile, abonnement internet, papeterie, timbres, assurance professionnelle, consommables, etc.), mais aussi des taxes et des impôts.
En plus, vous imaginez la perplexité des agents des services fiscaux lorsque vous leur expliquez que vous travaillez chez vos clients, car encore une fois, ça ne rentre pas dans les cases et le climat de suspicion vient rapidement alourdir les échanges. C’est formidable !
Mais j’ai fini par trouver LE principal avantage de ce statut merveilleux dont le gouvernement nous a rabattu les oreilles l’année dernière : il vous suffit de cliquer sur ce lien pour déclarer votre cessation d’activité. Pas mal, non ? Mais attention, comme je n’ai pas encore osé remplir le formulaire, je ne sais pas ce qui va vous tomber sur la tête en appuyant sur le bouton... Et je m’attends au pire !"
Conclusion : si vous décidez de vous occuper de vos enfants, oubliez l’auto-entreprenariat car les frais de garde nécessaires à la gestion administrative et à l’activité elle-même risquent de s’avérer bien plus élevés que les fruits de votre travail, si toutefois vos clients potentiels acceptent les conditions de facturation sans TVA, ce qui n’est pas gagné.
Optez plutôt pour une E.U.R.L. sous réserve qu’un banquier accepte de vous prêter les 10 000 euros d’investissement.
Nous ne serions pas surpris que les chiffres du chômage en France augmentent considérablement dans les années qui viennent ! Bon courage à tous... Et merci à Carole pour ce témoignage.
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